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 Ornithologie

La Perruche à collier et la biodiversité en Île-de-France

 

 

Situation générale et historique

La Perruche à collier (Psittacula krameri) est une espèce originaire de la zone subtropicale, de l’Afrique de l’ouest au sous-continent indien dont principalement la sous-espèce indienne a longtemps fait l’objet d’une importation légale.

De nombreux individus se sont échappés et se sont acclimatés dans de nombreuses grandes villes européennes (Londres, Bruxelles, Amsterdam, Barcelone, Madrid, Rome, etc.).

En France on trouve des populations des Perruche à collier à Lille, Marseille, Nice, Toulouse, Montpellier, Nancy, etc. (Issa et Muller 2015)

Pour l’Île-de-France, les évènements fondateurs de la populations actuelles se sont passés principalement dans les années 90 (même s’il y avait déjà des cas de reproduction à partir des années 70) dans les aéroports d’Orly et Roissy- Charles de Gaulle. (Clergeau 2009 ). Le premier couple nicheur dans Paris a été trouvé en 2008. Il est très difficile d’en estimer la population : elle était donnée pour 5000 individus en 2015 (Malher et al. 2020) et doit dépasser 8000 individus en 2021.

A l’heure actuelle, même si les preuves de nidification n’existent pas partout et que des individus « explorateurs » peuvent sortir, surtout en automne-hiver, de la zone de reproduction, on peut considérer que l’espèce occupe la grande majorité du territoire urbain et péri-urbain de l’Île de France. En revanche, l’espèce n’apprécie pas les forêts et les zones agricoles et donc fréquente peu la Seine-et-Marne et les plaines de l’Essonne et des Yvelines (cf. carte 1)

Carte 1. Observations de Perruche à collier en IdF depuis 2011, toutes saisons confondues. (données Faune-IdF)

L’espèce est classée EEE (Espèce Exotique Envahissante) et figure à ce titre dans la base de données DAISIE ( Delivering alien invasive species in Europe).

Inquiétudes pour la biodiversité soulevées par la présence de la Perruche à collier

Toute arrivée d’espèce exotique dans un écosystème peut soulever a priori des inquiétudes légitimes : va-t-elle concurrencer les espèces indigènes pour la reproduction ou les sources de nourriture ? peut-elle se comporter en prédateur d’espèces locales ? transporte-elle des microorganismes pathogènes pour la faune ou l’espèce humaine ?

Il y a également d’autres questions qui peuvent être soulevées (dans le cas de la perruche : provoque-t-elle des dégâts aux cultures ? est-elle dérangeante pour la population humaine ? peut-elle causer des dommages aux biens, en particulier aux bâtiments ?). Ces questions sortent de notre domaine d’expertise et nous n’y répondrons donc pas, ce qui ne signifie pas que nous considérons qu’elles sont insignifiantes.

Concurrence alimentaire avec les autres espèces

La Perruche est très opportuniste mais essentiellement végétarienne. Elle se nourrit selon les saisons de bourgeons, de fleurs, de fruits et de graines diverses. En particulier des fruits d’espèces exotiques, peu ou pas consommés par les espèces locales (les gousses de Catalpa, les marrons de Marronniers d’Inde, les graines de Robinier, les fruits de Platane) mais aussi d’espèces locales (cerises et pommes, bourgeons d’Erable ou de Bouleau, etc.) (Clergeau 2009 et obs pers)

Elle apprécie beaucoup les mangeoires (il est même possible que leur présence soit un élément important de la survie hivernale de l’espèce, Clergeau 2009). Leur présence aux mangeoires a-t-elle un effet dissuasif sur les autres espèces qui voudraient s’y nourrir ? Une étude participative menée sous l’égide du MNHN et de l’Agro Paris Tech (Deguines et all. 2020) a montré que, si leur présence écarte les espèces plus petites au moment où elles sont présentes, la diversité totale des espèces fréquentant les mêmes mangeoires n’est pas affectée par leur présence. Seul le Rougegorge semble réellement écarté par la Perruche.

Concurrence pour les sites de nidification

La Perruche à collier est un « cavicole secondaire » : elle niche dans des trous d’arbres qu’elle n’a pas creusés : ils peuvent être d’origine naturelle (branche cassée) ou avoir été creusés par des pics (essentiellement Pic épeiche et Pic vert). Ces mêmes cavités sont utilisées aussi dans nos régions par d’autres cavicoles secondaires comme la Sittelle torchepot, l’Etourneau sansonnet et le Pigeon colombin). De plus la Perruche à collier commence sa période de reproduction plus tôt (février) que les autres espèces. Vu sa taille et son comportement agressif, la Perruche perturbe-elle la reproduction de ces espèces et provoque-t-elle leur diminution ?

Plusieurs observations de conflits entre ces espèces et la Perruche prouvent qu’il y a des interactions, parfois très animées, entre ces espèces mais sont-elles suffisantes pour provoquer la baisse des densités des espèces locales ?

Des études menées en Belgique ont pu le laisser penser : D. Strubbe et Matthyssen (2009) ont montré qu’en cas de réduction importante du nombre de cavités disponibles, la Sittelle souffrait de la concurrence avec la Perruche et diminuait. Mais ces études expérimentales sortaient probablement des valeurs qu’on peut rencontrer dans la Nature car le suivi des oiseaux de la région Bruxelles-Capitale ont montré deux faits importants :

- Depuis 2010-2012 la densité de Perruches à collier à Bruxelles a cessé d’augmenter (fig.1) même si l’espèce poursuit sa croissance démographique et géographique en Flandre et en Wallonie.

Fig.1 Indice de densité de la Perruche à collier dans Bruxelles-Capitale de 1992 à 2018 (Paquet et all. 2018)

 

- Pendant toute la période de croissance de la population de Perruche, la population de Sittelle a augmenté (+1,5% par an) et celle du Pigeon colombin est restée stable (Paquet et al. 2020). La population de l’Etourneau sansonnet a baissé nettement (-5,6% annuels) mais pour d’autres raisons, puisqu’il diminue aussi de la même manière dans les zones de Belgique où il n’y a pas de Perruches.

La fig. 2 montre que le groupe des espèces cavicoles indigènes n’a apparemment pas subi de conséquences du développement de la population de Perruches dans Bruxelles-Capitale.

Fig.2 Evolution de l’ensemble des espèces cavicoles indigènes dans Bruxelles-Capitale (Paquet et Weiserbs 2020)

 

On peut donc considérer que la Perruche à collier n’a pas d’effet négatif au niveau des populations d’oiseaux cavicoles secondaires dans les régions du NW de l’Europe, soumises au même genre de climat et abritant là peu près les mêmes espèces. Il faut néanmoins insister sur l’importance du maintien des vieux arbres, riches en cavités, afin de ne pas créer de compétition entre cavicoles exotiques et cavicoles indigènes (A.Paquet comm.pers.).

Une remarque est à faire à propos de l’Ecureuil roux qui est souvent la cible de groupes de Perruches qui lui font une chasse sans relâche : il ne s’agit pas de prédation mais de self-defense , l’Ecureuil étant un redoutable prédateur d’œuf et de couveuses. Cette agressivité a-t-elle un impact sur les densités d’écureuils ? Nous n’avons pas trouvé d’études à ce sujet.

Il faut préciser que cette conclusion de relative innocuité vis-à-vis de la biodiversité ne peut pas être étendue inconsidérément : à Séville l’espèce pose de réels problèmes à une population de chiroptère cavicole, la Grande Noctule ( Nyctalus lasiopterus ) (Blottière 2018) et au Faucon crécerellette (Falco naumanni) qui niche dans des cavités de murs convoitées par les Perruches.(GAE 2017). Il n’est pas impossible qu’elle ait un impact négatif sur d’autres chiroptères cavicoles (A.Paquet et A. Weiserbs comm. pers.) mais rien n’est encore démontré.

Apport éventuel de microorganismes pathogènes

La recherche de microorganismes pathogènes n’a pas apporté la preuve deprésence d’agents pathogènes nouveaux qui auraient été apportés par les Perruches (Clergeau et coll. 2014). L’importation légale étant maintenant interdite, on peut espérer que cette question est réglée.

Reste le problème de la santé des élevages, mais c’est une autre question….

 

Globalement nous pouvons donc retenir que le développement des populations de Perruches à collier en Île-de-France, et sans doute dans le reste de la France, ne pose pas de problème majeur à la biodiversité, contrairement aux craintes légitimes dont la communauté scientifique a pu faire part dans les débuts de cette expansion. Cette conclusion n’est pas forcément valable pour d’autres régions biogéographiques.

 

Frédéric Malher

 

Bibliographie :

Blottiere Anne (2018) Perruches à collier contre chauves-souris : l’élimination d’une espèce menacée par une espèce exotique envahissante ? http://especes-exotiques-envahissantes.fr/perruches-a-collier-contre-chauves-souris-lelimination-dune-espece-menacee-par-une-espece-exotique-envahissante/ (consulté le 7/10/2021)

Clergeau P. et coll. (2014) . L’invasion de l’espèce exotique, la Perruche à collier (Psittacula krameri) Recherches en sciences de l’écologie pour une meilleure maitrise de la faune sauvage du parc de sceaux (perruche a collier et mammifères terrestres). Rapport 2014. 49 p. http://perruche-a-collier.fr/documents/rapportPerruche/files/assets/common/downloads/publication.pdf (consulté le 7/10/2021)

Clergeau P., Vergnes A. et Delanoue R. (2009). La Perruche à collier Psittacula krameri introduite en Île-de-France : distribution et régime alimentaire. Alauda 77-2, 121-132

Deguines N. R. Lorrilliere, A. Dozières, C. Bessa-Gomes et F. Chiron (2020). Any despot at my table? Competition among native and introduced bird species at garden birdfeeders in winter. Science of The Total Environment. Volume : 734. Date : 10/09. www.sciencedirect.com

Grupo de Aves Exoticas (2017) Psittacula krameri - Sevilla. Cuaderno de aves exoticas. http://grupodeavesexoticas.blogspot.com/2017/09/psittacula-krameri-sevilla.html consulté le 7/10/2021

Issa N. et Y.Muller (2015) Atlas des oiseaux de France métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO et Delachaux et Niestlé, 2 vol. 1408 p.

Malher F., O. Disson, C.Gloria, M. Leick-Jonard et M.Zucca.(2020) Atlas des Oiseaux Nicheurs du Grand Paris 2015-2018 LPO-IdF. Paris 230 p.

Paquet, A. et Weiserbs, A. (2018): Inventaire et surveillance de l’avifaune à Bruxelles: rapport final 2018. Département Etudes Natagora, Rapport pour Bruxelles Environnement, 2018, 91 pp.

Paquet, A. et Weiserbs, A. (2020) : Inventaire et surveillance de l’avifaune à Bruxelles : rapport final 2019. Département Études Natagora, Rapport pour Bruxelles Environnement, 2019, 83 pp.

Strubbe D., E. Matthysen (2009) : Experimental evidence for nest-site competition between invasive ring-necked parakeets (Psittacula krameri) and native nuthatches (Sitta europaea)Biological Conservation 142-8, 1588-1594