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Le Pic cendré

Picus canus

 

 

Ce grimpeur et foreur émérite que l’on compare souvent au pic vert s’en distingue pourtant par une voix inquiète aux accents jugés mélancoliques.

  © Pic cendré

JF. Magne © LPO-IDF

 

Ordre : Piciformes
Famille : Picidés
Genre : Picus
Espèce : Picus canus

Une silhouette longiligne aux couleurs cendrées

Le Pic cendré est dit pic de taille moyenne, 33 cm de longueur avec une envergure de 38 à 40 cm. Soit entre le moineau et la corneille et légèrement plus petit que le Pic vert. Sa couleur se rapproche de celle du Pic vert, verdâtre avec un croupion jaune. Toutefois il paraît plus fin, avec une queue plus longue. Son ventre et sa tête sont gris. Il présente une fine moustache noire et un triangle noir en avant de l’oeil. Le mâle seul présente une tache frontale et non une calotte, rouge vif. Le dessus de la tête de la femelle est gris strié de noir. Les jeunes ont des couleurs plus ternes que les adultes, avec des barres brun olive sur les flancs et une moustache très peu marquée.

© F.Desbordes

Pic cendré mâle © dessin de François Desbordes

Quatre particularités morphologiques des pics et du Pic cendré

Le bec est à la fois outil et instrument : le pic s’en sert de ciseau à bois pour forer ou de percussions pour tambouriner et marteler. Le tambourinage du Pic cendré a lieu de mars à fin avril. Il est caractéristique par sa longueur et son amplitude et par de longs intervalles entre les séries et les chants.

La langue du Pic cendré possède les caractéristiques de celle des autres pics, effilée et pouvant être poussée loin hors du bec par un agencement complexe de muscles et de ligaments. Elle est aussi adaptée à son repas favori : les fourmis. Elle est donc contrairement à celle d’autres espèces de pics assez courte et garnie de soies.

Les pattes sont adaptées à une existence fortement arboricole. Elles sont courtes et possèdent chacune deux doigts en avant et deux doigts en arrière, armés d’ongles acérés permettant de s’accrocher aux moindres aspérités des écorces. Les muscles fléchisseurs et extenseurs sont très développés. Le Pic cendré est un excellent grimpeur qui peut à l’occasion descendre des arbres à reculons.

La queue, assez longue chez le Pic cendré, est le second point d’appui nécessaire à l’escalade des arbres et à la circulation le long des branches. Les dix rectrices utiles sont d’une résistance exceptionnelle. Leur rachis fonctionne comme étai et comme cran d’arrêt. La mue est adaptée à ces nécessités.

Un oiseau des forêts

Le Pic cendré occupe des habitats variés. Il fréquente préférentiellement les régions humides et fraiches, les « vieilles forêts », les bois feuillus ou mixtes avec une prédilection pour les hêtraies et pour le bois tendre des peupliers. Même s’il est plus strictement forestier que le Pic vert, il occupe également les plaines d’inondation forestières, les bosquets en milieu ouvert, les parcs, jardins et vergers.

Il est insectivore, grand chasseur et mangeur de fourmis qu’il capture à terre ou dans les arbres. Il se nourrit également de termites, d’araignées et autres invertébrés. En complément de ce régime, il peut consommer des baies, des fruits et des graines et ne dédaigne pas les mangeoires en hiver.

On ne lui connait pas de prédateur attitré mais la martre peut à l’occasion prédater les jeunes et les oeufs au nid.

© J. Coatmeur

Pic cendré femelle © J. Coatmeur / LPO-IDF

Amours et parentalité du Pic cendré

Le Pic cendré bien qu’il soit plutôt territorial, peut étendre ses déplacements lorsqu’il est à la recherche d’un(e) partenaire ou d’un arbre pour y creuser son nid.

Il a été observé un vol nuptial avec les ailes vibrantes, réalisé à une hauteur inaccoutumée. Le couple constitué choisit l’arbre où la cavité sera creusée en grande partie par le mâle. Ce pic est particulièrement farouche autour de son nid. Il est monogame et il n’y a qu’une seule nichée par an.

La ponte a lieu dans la seconde moitié du mois de mai. Elle est de quatre à dix oeufs blancs et luisants qui sont couvés principalement par le mâle, la femelle le relevant pour quelques heures régulièrement. La couvaison dure entre 14 et 17 jours.

Le Pic cendré se distingue par sa discrétion. Il arrive à nicher sans être remarqué, les nourrissages sont très espacés et la nichée très peu bruyante. L’envol des jeunes commence au bout de 24 jours et l’émancipation s’effectue en 3 semaines.

Un oiseau casanier

Le Pic cendré est un nicheur sédentaire qui se déplace peu, même si des mouvements erratiques peuvent être observés en dehors de la saison de reproduction et des mouvements de dispersion des jeunes à l’automne.

Il est surtout observé de fin février à fin juin avec un pic prononcé en mai, période à laquelle il se manifeste par son chant et son tambourinage.

© lea Schlemmer

Pic cendré © Dessin de Léa Schlemmer

Comportement

Le Pic cendré est un grimpeur diurne, discret, solitaire, quelque peu énigmatique de par ses variations de comportements. Il peut en effet varier d’une certaine exubérance à l’invisibilité. Il est à noter qu’il s’efface au profit du Pic vert lorsqu’ils sont en situation de concurrence.

La voix

Sa voix est flûtée. Son chant est une série descendante de quatre à dix sons au timbre pur et plaintif, les dernières notes s’espaçant comme avec paresse. Ceci fait dire à Paul Géroudet que la nonchalance semble être un trait dominant de son caractère.

« Observateur remarquable et difficile à surprendre, il perd cependant toute prudence quand on imite son cri ».

https://www.xeno-canto.org/species/Picus-canus

Le vol

Le vol est court et ondulé, plus léger que celui du pic vert, et ses battements d’ailes sont plus rapides.

© JF. Magne

Pic cendré mâle © JF. Magne / LPO-IDF

Effectifs, tendances et statut
Dans le monde

Le Pic cendré est un oiseau plutôt oriental, répandu sur une grande partie de l’Asie centrale où l’on trouve plusieurs sous-espèces.

Le Pic cendré a subi une forte régression dans le Centre et l’Est de l’Europe par le passé, en raison de la fragmentation de son habitat. Il a notamment souffert de la destruction des forêts de feuillus qu’il affectionne au profit des plantations de résineux. Le reboisement en conifères ne convient pas à son régime.

De plus, des changements dans les pratiques de gestion forestière avec des rotations plus courtes dans le temps ont induit une perte d’habitat potentiel de reproduction dans les vieux arbres. L’épandage de produits phytosanitaires issus de l’agriculture semble avoir réduit la disponibilité de fourmis, nourriture essentielle à l’espèce. Enfin, beaucoup de vergers ont disparu lors du siècle dernier parallèlement à l’extension des villes et villages.

Aujourd’hui, la tendance des effectifs du Pic cendré est favorable en Europe avec une population en augmentation de 30% entre 2007 et 2016 (European Bird Council), estimée entre 187 000 et 360 000 couples (UICN, 2016). L’espèce est ainsi classée en « préoccupation mineure » (Least Concern) selon la liste rouge de l’UICN.

En France

En France, la population nicheuse du Pic cendré est évaluée entre 1 000 et 4 000 couples nicheurs (Issa et al, 2015). Sa répartition spatiale a régressé de 30% depuis les années 1980 (Issa et al, 2015) et son effectif de 40 % depuis 2003 (Vigie nature). S’il était bien présent par le passé jusqu’à la côte Atlantique (notamment en Bretagne et en Normandie) et jusqu’au sud de l’Auvergne, aujourd’hui l’espèce est en net recul et ne se maintient que dans les régions suivantes : Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val de Loire.

Il est inscrit espèce « en danger » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine de 2016.

Les causes probables de cette régression sont variables et difficiles à quantifier. On évoque la fragmentation de son habitat avec la raréfaction des vieux arbres indispensables à sa nidification, la diminution de la ressource en insectes due à l’épandage de pesticides dans l’agriculture, la compétition avec le Pic vert dont l’effectif est stable au niveau national et le Pic noir qui est en expansion.

Le Pic cendré est strictement protégé en France dans la Convention de Berne.

En Île-de-France

L’Île-de-France se trouve en limite nord de l’aire de répartition de l’espèce en France. Si la population régionale n’a jamais été abondante, elle était estimée à environ 50 couples en 1995. Le bastion de l’espèce se trouvait en Seine-et-Marne, en forêt de Fontainebleau. Depuis la fin des années 1990, la population n’a eu de cesse de décliner et elle est aujourd’hui considérée en danger critique d’extinction (Agence Régionale pour la Biodiversité, 2018). Au début des années 2000, le Pic cendré semblait avoir disparu de Fontainebleau, en l’absence totale de données positives pendant 10 ans. Cependant, un couple a été entendu en bordure de la réserve biologique du Gros-Fouteau en 2013 et ailleurs à Fontainebleau en 2014. En dehors de Fontainebleau, quelques individus ont été observés ponctuellement ces quinze dernières années, par exemple en forêt de Notre-Dame dans le Val-de-Marne, au bois de Vincennes à Paris ou à Brunoy en Essonne.

A l’instar de la situation en France, on évoque la perte d’habitat, la diminution de la disponibilité en nourriture et la compétition interspécifique en cause de ce déclin.

Le saviez-vous ?

Le Pic cendré est assez mal connu en partie à cause de sa discrétion qui le rend difficile à observer, et à cause de sa ressemblance avec le Pic vert dont il peut être difficile de le distinguer.

Une fiche projet du MEEDAT-MNHN préconise de créer une zone d’étude d’au moins 1 000 hectares afin d’étudier cette espèce à faible densité. Un suivi de populations s’impose pour améliorer les connaissances sur son écologie et le rôle exact de l’habitat forestier sur sa reproduction. Ces mesures devraient permettre une meilleure connaissance et un intérêt renouvelé pour ce « sonneur au ventre gris ».

Bibliographie

Ouvrages

  • Géroudet P. (1980) - Les passereaux, I : du coucou aux corvidés.- Delachaux & Niestlé. 235 p.
  • L. Svensson, K. Mullarney et D. Zetterstrom. Le guide Ornitho. Delachaux et Niestlé
  • Atlas des oiseaux d’Ile-de-France, 2009-2014, CORIF.
  • Le Maréchal P., Laloi D. et Lesaffre G. (2013). Les oiseaux d’Île-de-France. Nidification, migration, hivernage. CORIF-Delachaux et Niestlé, Paris. 512 p.
  • Issa N. & Muller Y. (2015). Atlas des oiseaux en France Métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO / SEOF / MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris, 1408 p.

Sites internet

Article de Véronique Eydoux