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Le Lérot

Un masque noir, une queue poilue et de grandes oreilles ? Venez découvrir le Lérot, l’espèce de ce mois !

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Le Merle noir

Turdus merula

 

 

Si vous pensez que je suis terne et commun, laissez-vous donc charmer par mon chant mélodieux… et apprenez aussi que j’ai d’ailleurs d’autres atouts pour me signaler discrètement auprès de mes congénères.

  © Merle

Merle noir

 

Ordre : Passériformes
Famille : Turdidae
Genre : Turdus
Espèce : Turdus merula

Description vestimentaire

Taille : 27 cm,
envergure : 34 à 38 cm,
poids : de 80 à 110 g

La silhouette typique du mâle au plumage d’un noir profond, tempéré d’un bec jaune orangé et d’un pourtour oculaire tout autant contrasté, en fait un oiseau facilement identifiable. La femelle est brune avec un ventre plus ou moins constellé de mouchetures pouvant la faire assimiler à certaines grives. Son bec est brun, mais peut se teinter de jaunâtre avec l'âge.

Le plumage du juvénile est d'un brun assez clair, entièrement moucheté ou strié de chamois dessus et dessous. Le bec est plus clair encore que celui de la femelle et les pattes sont rosâtres.

Merle

Merle noir mâle

merle

Merle noir femelle

Des cas de déficiences pigmentaires peuvent se traduire chez certains individus par un plumage partiellement, voire totalement blanc qui semble délavé. Plusieurs causes peuvent en être responsables : une carence alimentaire, le vieillissement, des caractéristiques environnementales comme par exemple l’intensité du rayonnement solaire, mais également des anomalies génétiques (leucisme, albinisme).

Merle

Merle noir

merle

Merle noir

Ses ailes courtes se révèlent parfaites pour évoluer en milieux arborés. Son vol est direct, rectiligne et souvent bas. En cas d’alarme, il est accompagné d’un cri strident qui peut surprendre le promeneur et que l’oiseau poursuivra jusqu’à disparaître dans un buisson.

Un chanteur hors-pair

L’un des meilleurs oiseaux chanteurs de nos régions, le Merle noir lance habituellement son chant d’un perchoir exposé. Sa voix sonore est chaude, flûtée. Elle ressemble à celle de la Grive draine mais ses phrases sont plus longues et se terminent souvent par quelques notes suraiguës de conclusion qui leur confèrent comme un air joyeux. Le débit du chant est assez lent, l’oreille humaine peut ainsi en apprécier la variabilité, d’autant que le répertoire mélodique est inventif et personnalisé. Très matinal, c’est l’un des premiers oiseaux à chanter. C’est aussi un « couche-tard », on l’entend souvent jusqu’à la nuit noire. Les premiers individus chantent dès fin janvier, début février ; on l’entendra ensuite jusqu’à fin juin, début juillet.

Lien pour l’écoute

Merle

Merle noir

Une étude comparative entre les populations citadines et rurales de Merles noirs a été menée afin d’évaluer l’impact de la promiscuité avec l’Homme sur leurs modes de vie respectifs.

Les résultats indiquent que les oiseaux immergés en milieu urbain et donc éclairés artificiellement en période nocturne, étaient plus précoces à chanter le matin que leurs homologues ruraux, sans toutefois “veiller” plus tardivement en fin de journée. Par ailleurs, au cours de l’étude, le bruit ambiant généré par l’activité humaine variait entre la semaine et le week-end, mais cela, sans effet apparent sur le rythme des oiseaux.

Les chercheurs ont ainsi conclu que « la lumière artificielle nocturne est un facteur majeur de changement du calendrier de l'activité quotidienne ».

Carmona-Wagner EO, Hofmann M, Kranstauber B & Partecke J, Individual-based measurements of light intensity provide new insights into the effects of artificial light at night on daily rhythms of urban-dwelling songbirds ; J Anim Ecol. mai 2014 (lien vers article : 10.1111/1365-2656.12150. Epub 2013-10-30)

Habitats et habitudes…

Le Merle noir s’adapte à de nombreux milieux, pourvu qu’il puisse s’abriter au sein de couverts végétaux. On peut ainsi le rencontrer des forêts aux vergers, mais aussi dans les jardins au cœur des villes, où il se laisse voir, sautillant allègrement sur les pelouses dégagées en quête de nourriture.

Par ailleurs, bien qu’il ait une préférence pour les feuillus, il peut se satisfaire des forêts mixtes. En montagne, il cède toutefois volontiers la place à une espèce variante, le Merle à plastron. Les deux espèces peuvent parfois cohabiter aux confins de leurs milieux respectifs, mais sans s'hybrider.

En dehors de la saison des fruits mûrs dans les arbres ou arbustes, le Merle noir se nourrit essentiellement au sol. C'est un prédateur d'invertébrés très divers (escargots, limaces, lombriciens, larves en tout genre, insectes, notamment les lépidoptères). Il affectionne particulièrement, lorsqu’ils sont disponibles, les vers de terre (au sens large), surtout durant l'élevage des jeunes. Il se déplace alors dans l’herbe par petits bonds, inspectant la pelouse ou remuant frénétiquement les feuilles mortes.

Merle

Merle noir

merle

Merle noir

Un Merle noir a une espérance de vie de 2,4 ans en moyenne, ce qui inclut la mortalité infantile. Ceux dépassant leur première année vivent 5 ans en moyenne, mais selon des résultats basés sur le marquage, certains individus peuvent atteindre un âge très respectable et dépasser leur vingtième année.

Selon la latitude, le Merle noir peut être un oiseau sédentaire ou migrateur, partiellement ou entièrement. Les populations du sud et de l'ouest de l'aire de répartition sont sédentaires, mais les plus nordiques migrent vers des régions plus tempérées en hiver. Toutefois, les mâles établis au cœur des villes, du fait d’un microclimat plus clément et d’une disponibilité constante de nourriture, sont plus prompts à demeurer toute l’année sur les lieux, même sous des latitudes plus septentrionales.

Cette espèce a en effet une territorialité très affirmée à laquelle elle s’attache surtout durant la saison de nidification, un Merle noir ne supportant alors aucun congénère, à l'exception de son partenaire. Pour chasser les prétendants, un mâle adoptera la posture belliqueuse, le bec pointé dans le prolongement du corps à l’horizontale pour se lancer vers l’intrus au pas de charge.

Les territoires peuvent s’étendre jusqu’à un demi-hectare pour les populations forestières, mais sont plus restreints pour les populations urbaines et peuvent se réduire alors à un dixième d’hectare, soit 1.000 m2.

Cette espèce est monogame. La fidélité est généralement la règle, mais le taux de survie de la descendance semble jouer sur la capacité des couples à rester formé ou à se séparer pour chercher une meilleure chance de reproduction avec un autre partenaire.

Streif M., Rasa O., Anne E., « Divorce and its consequences in the Common blackbird Turdus merula. » Ibis, vol. 143, no 4,‎ 2001 (lien vers article : https://dx.doi.org/10.1111/j.1474-919X.2001.tb04882.x)

Le nid, une coupe volumineuse et assez lâche, est construit à une hauteur très variable (0,5 à 15 m), le plus souvent bien caché dans des ligneux touffus de haies ou bosquets. Exceptionnellement, une poutre sous un avant-toit, voire une touffe herbacée sur le sol peuvent compenser l’absence d’arbustes. Le nid est fait de matériaux végétaux variés mais agrémenté le cas échéant d’éléments hétéroclites d’opportunité liés à la proximité de l’activité humaine. L'incubation de 3 à 6 œufs d’une couleur bleue est assurée essentiellement par la femelle durant deux semaines. Une seconde ponte est fréquente ; il peut même y en avoir davantage encore.

Les poussins sont nidicoles et nourris de proies animales par les deux parents. Les jeunes quittent le nid entre 10 et 20 jours, souvent sans savoir voler et se retrouvent alors au sol pendant un jour ou deux sous la surveillance relative des parents qui continueront d’ailleurs à les nourrir ensuite durant trois semaines supplémentaires avant qu’ils deviennent réellement autonomes. Il convient ici de préciser que le recueil de tels jeunes paraissant esseulés, dont l’élevage serait ensuite particulièrement délicat, doit être strictement réservé aux cas d’un danger imminent. Voir à ce sujet la rubrique Oiseaux orphelins de la fiche LPO à partir du lien suivant.

Prédation

Le principal ennemi du Merle noir en ville est le chat domestique qui dispute ce rôle, à la campagne, avec le renard, la fouine, l’hermine ou les rapaces.

La prédation des œufs et des oisillons par les corvidés (pie, corneille, geai) ne paraît pas avoir un impact sur la population.

Le coucou gris tente parfois de parasiter le nid du Merle noir, mais les parents sont alors souvent capables de reconnaître le subterfuge des œufs étrangers pour s’en débarrasser. Il est curieux, à ce titre, de noter le résultat de l’étude réalisée sur une population de Merles noirs importés en Nouvelle-Zélande. Ceux-ci, bien qu’ayant « oublié » la silhouette du coucou gris, persistaient à reconnaître les œufs introduits de celui-ci dans leurs nids.

Hale K., Briskie J.V., « Response of introduced European birds in New Zealand to experimental brood parasitism », Journal of Avian Biology, vol. 38, no 2,‎ mars 2007 (lien vers article : https://dx.doi.org/10.1111/j.2007.0908-8857.03734.x)

Les Merles noirs qui fouillent, comme on l’a vu, les tas de feuilles mortes ou s’intéressant aux pelouses, sont sujets au parasitage par les tiques, surtout au niveau de la tête. A l’occasion de cette quête de nourriture, les Merles peuvent aussi être contaminés par divers polluants du sol et de l'eau.

Dans le sud de la France, les Merles noirs, de même que les grives, ont payé un lourd tribut à la chasse à la glu. Celle-ci est néanmoins devenue illégale depuis une décision du Conseil d’État du 28 juin 2021 qui s’est aligné ainsi sur la Directive Oiseaux européenne condamnant depuis plusieurs années déjà ce type de chasse traditionnelle non sélective. Pourtant, la viande hachée de merle intervient toujours dans la composition du pâté de Merle, spécialité culinaire corse, dont la recette est disponible sur certains sites Internet dédiés.

Répartition

Le Merle noir niche dans toute l'Europe tempérée, toujours en dessous du cercle polaire arctique. On le rencontre aussi en Afrique du Nord, sur certaines îles atlantiques (Madère, Açores, îles Canaries) et dans une grande partie de l'Asie du Sud.

Il a été introduit dans de nombreuses parties du monde en dehors de son aire originelle à l’instar de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande où ont été importés des individus de Grande-Bretagne. Du fait de sa vaste aire de répartition (environ dix millions de km²), de son importante population, et de la relative stabilité en termes d'effectifs globaux, il a été classé dans la catégorie LC (préoccupation mineure) par l’UICN.

La population mondiale du Merle noir n'a pas été chiffrée, mais la population européenne était estimée, ces dernières années, entre 79 et 160 millions d'individus, représentée abondamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en France.

Toutefois, récemment, il a été constaté une diminution flagrante des effectifs de l’espèce qui pourrait être attribuée en grande partie à la propagation du virus émergent Usutu, originaire d’Afrique australe et qui a lourdement touché les Merles noirs, comme d’autres passereaux d’ailleurs. Cette épizootie, transmise par les moustiques, est apparue en 2016 dans le nord-ouest de l’Europe avant d’apparaître en France en 2018, alors que des périodes de fortes chaleurs estivales sévissaient déjà dans les mêmes pays pour contribuer parallèlement à affecter certaines populations aviennes.

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Carte de distribution dans le monde

En Ile-de-France

Entre 10.000 et 20.000 couples nicheraient sur l’ensemble du Grand-Paris avec un déclin modéré de 10 % enregistré entre 2007 et 2017, soit avant la vague virale évoquée ci-dessus qui a notamment atteint la région. Entre 1.300 et 2.100 couples résideraient à Paris intra-muros. Ces données sont néanmoins susceptibles d’évoluer très rapidement, les conséquences de l’épizootie n’étant pas encore cernées précisément.

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Carte de distribution des oiseaux nicheurs en Ile de France (Atlas des oiseaux nicheurs d'Ile de France 2009-2014). En rouge les nicheurs certains, en orange les nicheurs probables, en jaune les nicheurs possibles. La taille du point donne l'importance des effectifs

Le saviez-vous ?

Une étude indique que l'apparence du bec est un facteur important dans les interactions sociales de l’espèce. Le mâle qui défend son territoire réagit avec d’autant plus d’agressivité envers un intrus que son bec est d’un orange intense. Il se montrera en revanche beaucoup plus tolérant vis-à-vis des congénères présentant un bec jaune, ou davantage encore à la vue de becs bruns, caractéristiques des femelles et des jeunes mâles de moins d'un an.

Si la femelle est, quant à elle, relativement indifférente à la couleur du bec, elle s’avère cependant sensible à la réflexion sur celui des ultraviolets qui déterminent son degré d’acceptation du congénère.

Bright A., Waas J.R., « Effects of bill pigmentation and UV reflectance during territory establishment in blackbirds », Animal Behaviour, vol. 64, no 2,‎ août 2002

Ainsi notre sympathique oiseau « commun » des jardins dont le plumage peut paraître manquer d’attraits, compense cet aspect terne à nos yeux par son bec. Cet appendice contrasté, par son degré de couleur ou de brillance, va en effet jouer un rôle de vecteur de signaux utilisé, au même titre que le chant territorial, dans la communication au sein de l’espèce.

Merle

Merle noir

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Merle noir

Bibliographie
Ouvrages
  • Atlas des oiseaux nicheurs d’île de France 2009-2014, CORIF. 203 pages
Sites internet