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La Couleuvre helvétique

Natrix helvetica

 

 

  © Couleuvre helvétique

Couleuvre helvétique © V. Plaza-Floquet / LPO-IDF

 

Ordre :  Ophidiens
Famille :  Natricidae
Genre :  Natrix
Espèce : Natrix helvetica

Loin de peupler seulement les régions tropicales du globe, les serpents se rencontrent dans tous les climats et milieux (à l’exception des régions polaires). Ainsi, la France métropolitaine abrite 14 espèces différentes. Quatre sont des vipères et les autres sont des couleuvres. 

L'une d'entre elles, la couleuvre (à collier) helvétique, est presque connue de tous grâce à son collier très facilement reconnaissable. Anciennement appelée couleuvre à collier (Natrix natrix helvetica), elle a été élevée au rang d'espèce (Natrix helvetica) en 2016 et a ainsi changé de nom vernaculaire. On l'appelle désormais couleuvre (à collier) helvétique et la limite géographique entre cette espèce et la couleuvre à collier est située au niveau du Rhin.

Un serpent variable mais jamais sans son collier

Les deux espèces se ressemblent beaucoup, bien que notre helvétique ait un collier plus marqué que sa cousine de l’Est. Ce sont des serpents qui mesurent entre 65cm et 1m40 (pour les plus grosses femelles). Les mâles sont plus petits et ne dépassent généralement pas les 90cm. D’épaisses bandes noires ornent leurs flancs et parfois leurs dos, tandis qu’elles sont réduites ou absentes chez la couleuvre à collier. La couleur du corps est variable ; elle peut être gris foncé, ou bien plus claire avec, ou non, des sous-tons olive ou jaune. Il s’agit donc d’une espèce polymorphique. De plus, le damier recouvrant toute la face ventrale est le plus souvent unique et permet ainsi d’identifier les individus. Contrairement à d’autres espèces, la tête se démarque très bien du cou. Le collier arbore souvent une teinte légèrement jaune et est bordé de noir en arrière. L’iris de l’œil est jaune avec le pourtour noir et la pupille ronde. Les écailles supralabiales sont bordées latéralement de noir, dessinant deux traits reliant l’œil et la bouche. La langue (bifide) est de couleur noire.

Les jeunes, si ce n’est la taille, sont en tout point semblables aux adultes.

Une prédatrice à répartition globale

La couleuvre helvétique peut occuper une grande diversité de milieux. On la trouve d’ailleurs sur l’intégralité du territoire français (métropolitain dont la Corse) jusqu’à 3200m d’altitude dans les Alpes.

© Couleuvre helvétique

Présence de la Couleuvre helvétique en France

Elle peuple ainsi les forêts, leurs lisières et les plaines. Cependant, il est plus facile de la trouver en zones humides proches de points d’eau tels que des marais, des étangs, des rivières et des lacs, où elle peut dénicher amphibiens (crapauds, grenouilles et autres tritons) et poissons.

Excellente nageuse, elle utilise tous ses sens dans l’eau pour repérer et prendre en chasse ses proies qu’elle avale vivantes. Elle peut suivre les vibrations émises par le chant des amphibiens (grâce à son ouïe) ou bien utiliser son organe de Jacobson (situé sur le palais et analysant les particules qui y sont déposées par sa langue : olfaction) pour repérer ses proies. Sa très bonne vue lui permet également de chasser des micromammifères sur la terre ferme.

Les jeunes, quant à eux, se nourrissent principalement de têtards et d’invertébrés.

La digestion des proies entières peut prendre quelques jours et nécessite de la chaleur. Contrairement à ce que pensent une majorité, les serpents n’ont pas le « sang froid » : ce sont en réalité des animaux ectothermes. Ils s’opposent à nous, endothermes, qui sommes capables de créer notre propre chaleur corporelle à partir de l’énergie collectée dans les nutriments que nous ingérons. Ils sont donc incapables de se réchauffer seuls, ou même de se refroidir. Là encore, nous autres sommes capables d’excréter de l’eau par le biais de glandes (sudoripares) que l’on appelle sueur dans le but de faire baisser notre température corporelle. A contrario, les reptiles (non-aviens) dépendent de leur environnement pour ce qui est de la régulation de leur température. Ainsi, ils s’exposeront au soleil pour se réchauffer ou iront s’abriter dans un recoin humide et frais en cas de trop fortes chaleurs (c’est la thermorégulation). Ils ne transpirent donc pas et leur soi-disant aspect gluant et humide est également un mythe ! La peau étant constituée d’une multitude d’écailles kératinisées (de composition semblable à celle de nos ongles par exemple), les serpents sont parfaitement lisses et secs.

© Couleuvre helvétique

Couleuvre helvétique en thermorégulation © V. Plaza-Floquet / LPO-IDF

Les prédateurs des serpents sont relativement nombreux. On compte parmi eux des oiseaux (rapaces, hérons…), des mammifères (chats domestiques, mustélidés, renards et sangliers principalement) mais également d’autres serpents (coronelles, couleuvre de Montpellier, couleuvre verte et jaune). Les jeunes individus peuvent également être prédatés par d’autres animaux tels que des grenouilles du genre Pelophylax.

Comme d’autres espèces, en plus de la fuite, la Couleuvre helvétique est capable de se faire passer pour morte devant un prédateur, afin de le dissuader. Pour cela, elle ouvre grand sa gueule, se place sur le dos et libère un liquide très odorant et pestilentiel.

Une activité rythmée par les saisons

L’année des serpents est divisée en deux phases : l’une correspond à une période active, et l’autre à une période de repos.

La période active correspond plus ou moins aux beaux jours (de mars à novembre en moyenne) et est marquée par la saison de reproduction. La couleuvre helvétique est une espèce ovipare, chez qui les femelles pondent une fois par an. Elles se rassemblent alors dans des sites de ponte communautaires. Les œufs sont dotés d’une coquille souple et perméable (permettant des échanges d’eau et d’oxygène avec l’extérieur) et agglutinés en grappes. La femelle quitte les lieux après la ponte et, 4 à 8 semaines plus tard, des jeunes complètement formés et mesurant environ 15 cm voient le jour. Ils sont parfaitement autonomes et réaliseront leur première mue dans les jours qui suivent.

Certaines femelles déposent leur ponte accolée à une autre (légèrement plus antérieure). Les embryons de la ponte la plus récente, vont alors accélérer leur développement afin de rattraper la plus ancienne (leurs voisins). Il s’agit d’une adaptation nommée « synchronisation à l’éclosion » et qui permet d’augmenter les chances de survie en diminuant le risque de prédation (un prédateur ne pourra jamais se délecter de l’entièreté des nouveau-nés s’ils éclosent tous au même moment). Cependant, le comportement inverse est également observé. Il pourrait s’agir d’une forme de message laissé par la mère à ses petits, signifiant qu’ils devront rapidement se disperser après l’éclosion afin d’éviter la concurrence avec leurs congénères (déjà présents en trop grand nombre sur le site). Ainsi, ces individus, que l’on appelle asociaux permettent une meilleure dispersion des populations, en quittant rapidement les alentours de ces sites communautaires. La plupart des serpenteaux ne mangeront pas avant la fin de l’hiver suivant.

La période de repos quant à elle, débute avec l’arrivée des mauvaises conditions météorologiques (en particulier la baisse des températures). Les serpents se dirigent alors vers leur hibernaculum (gîte préservé du gel) qu’ils peuvent partager avec d’autres individus (de même espèce ou non). Leur repos hivernal correspond à une inactivité complète caractérisée par la réduction du rythme cardiaque, de la fréquence respiratoire et de la température corporelle, soit à une hibernation. Elle peut être momentanément interrompue si la température le permet, offrant ainsi une chance aux serpents de s’alimenter.

Effectifs et statuts

Du fait de l’élévation récente au rang d’espèce de la couleuvre helvétique, aucune donnée officielle n’existe sur son statut. En effet, on trouve ces données pour la couleuvre à collier (Natrix natrix) uniquement.

Le statut officiel IUCN monde correspondant à Natrix natrix est « préoccupation mineure » et il en est de même pour le statut IUCN France. Le statut français, correspond bien à notre espèce locale (étant la seule présente sur notre territoire). La sous-espèce corse (Natrix helvetica corsa) serait quasi-menacée. Plus généralement, il s’agit tout de même d’un animal résilient, avec une haute tolérance aux modifications de son environnement. Ainsi, le risque d’un déclin rapide reste peu probable (bien qu’il ne faille en rien sous-estimer notre capacité à mettre à mal la biodiversité et donc continuer à protéger l’espèce et son habitat).

© Couleuvre helvétique

Répartition de la Couleuvre helvétique en France

En Ile de France, il s’agit d’un serpent relativement facilement observable, quand on sait où le trouver. Il n’existe malheureusement pas d’estimations de population, mais on trouve sur faune idf, que 265 observations ont été notées (donc seulement une partie des observations réelles) entre mars 2019 et aujourd’hui (avec une majorité dans la Seine-et-Marne et dans les Yvelines).

© Couleuvre helvétique

Répartition de la Couleuvre helvétique en Ile de France

Le saviez-vous ?

Natrix helvetica est un des seuls prédateurs du crapaud commun à le manger avec la peau (c’est également le cas du hérisson et du héron). En effet, le crapaud commun sécrète un venin toxique (chargé en bufotoxines) au niveau de ses glandes recouvrant l’épiderme.

Ainsi, le putois le mange en le retournant telle une chaussette pour en dévorer uniquement la chair (jusqu’au bout des doigts) et prendre soin de laisser toute la peau ! La loutre ne mange également que l’intérieur tandis que les couleuvres du genre Natrix s’en délectent entièrement et semblent donc être résistantes aux toxines du crapaud.

Bibliographie
Ouvrages
  • DI NICOLA, MATTEO R. & THOMAS ZABBIA. 2021. NATRIX HELVETICA (Barred Grass Snake). BIET. Herpetological Reviex 52 (3) : 673-674
  • Françoise Serre Collet (2020). Dans la peau des serpents de France. Quae.
Sites internet

Article de Vita Plaza-Floquet