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La Vipère péliade

Vipera berus

 

 

Le serpent qui aime le froid !

  © Vipère péliade

Vipère péliade © V. Limagne / LPO-IDF

 

Ordre : Squamata
Famille :  Viperidae
Genre :  Vipera
Espèce : Vipera berus

Description

Oeil rouge, pupille verticale, on ne peut la confondre avec un autre serpent, encore faut-il pouvoir le voir !

D'une longueur variant chez l'adulte de 45 cm jusqu'à 70/80 cm au maximum pour les femelles, c'est une espèce qui présente sur la tête 3 grandes écailles céphaliques et un dessin occipital en forme de V ou de X discontinu. Son museau est plutôt arrondi.

Son dos est orné de bandes dorsales sombres obliques en zigzag généralement continues (un motif quasi similaire à celui d'une feuille de fougère sèche).

Le dimorphisme entre les mâles et femelles est assez marqué. Le mâle est d'allure plus svelte, la femelle étant plus épaisse. La queue est plus longue et plus grosse chez la femelle, le mâle présente lui un renflement à la base de la queue. Mais c'est surtout la robe qui permet de faire le distinguo ; celle du mâle est contrastée, plus claire, variant du gris à brun, avec le zigzag dorsal quasi noir alors que la femelle est beaucoup moins contrastée, présentant une robe plus dans les beige marron et un zigzag plutôt marron.

Chez les individus habitant notamment les pays nordiques ou en altitude, on peut retrouver une forte fréquence d'individus mélaniques ou mélanisants, c’est-à-dire noirs ou presque. Cette particularité peut s'expliquer par le besoin d'emmagasiner plus rapidement de la chaleur sur des périodes plus courtes d'ensoleillement et ainsi augmenter plus vite leur température corporelle.

Habitat

C'est une espèce d'affinité nord eurasiatique, qui apprécie donc les régions au climat frais ou en altitude. On la retrouve alors dans des biotopes relativement humides comme des landes à bruyère, à callune ou à molinie mais aussi des tourbières. Les milieux de transition tels que les franges forestières, les fougeraies et les haies sont également des milieux qui lui sont favorables.

Régime alimentaire

C'est une espèce prédatrice de micro mammifères, de lézards voire d'oisillons au nid ! Les vipéreaux peuvent se nourrir de proies plus petites et notamment d’insectes et arthropodes. Toutefois ce n'est pas une espèce qui se nourrit fréquemment, sa digestion des proies ingurgitées entières, une fois la mort causée par envenimation, étant lente. De plus, l'espèce ne se nourrit plus avant d'entrer en phase d'hibernation et les femelles gestantes ne se nourrissent pas ou plus durant cette phase.

Reproduction

La reproduction a lieu entre avril et fin mai. La maturité sexuelle des mâles intervient vers 3 à 4 ans et une année plus tard pour les femelles. Les mâles deviennent actifs après leur première mue de l'année alors que les femelles vont, elles, muer après la reproduction. Une femelle peut être courtisée par plusieurs mâles (voire se reproduire avec différents individus). On peut assister alors à de véritables ballets des mâles pour définir qui sera l'heureux élu... S'ensuit une longue période de gestation durant laquelle les femelles s'exposent le plus possible pour permettre le développement des embryons, ne se nourrissent quasi plus, et ce jusqu'à la mi août pour les premières à mettre bas des vipéreaux complètement formés, copie conforme d'un adulte. C'est donc une espèce vivipare. Le nombre des vipéreaux peut varier, en général de 4 à 10 vipéreaux avec une taille variant de 14 à 22 cm.

© Vipère péliade

Vipère péliade © V. Limagne / LPO-IDF

Malheureusement pour les femelles il s'agit d'une phase d'épuisement total et la majorité d'entre elles ne mettront bas qu'une fois dans leur vie, cette épreuve leur étant fatale ; on dit qu'elles sont selmepares.

Comportement

La vie de la Vipère péliade est rythmée par des cycles. A la sortie de son hibernation qui la voit passer de novembre à février sous terre, elle passe les premières semaines à reprendre de l'énergie en s'exposant au soleil, en thermo-régulation. Les mâles sont les premiers à sortir, les femelles suivent quelques semaines plus tard. Après la première mue annuelle des mâles, la période de reproduction peut démarrer. S'ensuit une phase où les mâles et femelles non gestantes vont être plus mobiles, notamment pour se nourrir. Durant l'été les individus, en dehors des femelles gestantes, sont beaucoup moins visibles, ils s'exposent moins et gagnent un couvert plus dense. A la fin de l'été les individus regagnent leur place d'hibernation pour emmagasiner un maximum d'énergie et faire des réserves pour les longs mois d'hiver.

Durant les phases de thermo-régulation on peut parfois assister à des regroupements de plusieurs individus s'exposant ensemble aux rayons du soleil.

Très loin des vieilles croyances tenaces et des clichés grotesques qui circulent encore largement sur les vipères, c'est en fait une espèce très farouche et timide qui cherchera avant tout la fuite face à un potentiel danger et retrouver son refuge protecteur. Ce n'est qu'en dernier recours et de façon défensive qu'elle souffle et peut alors se détendre et mordre.

© Vipère péliade

Vipère péliade © V. Limagne / LPO-IDF

Prédateurs naturels

Les prédateurs de la Vipère péliade sont, comme pour une grande palette de Reptiles, des rapaces (Buse variable), des gallinacés (Faisan de Colchide) ou des Mammifères (Sangliers) : en résumé, tous les grands fouisseurs, qui mangent à peu près tout ce qu'ils trouvent, vipéreaux compris. D'autres espèces de serpents peuvent prédater la péliade et notamment la Coronelle lisse qui peut mettre à son menu les vipéreaux, même si très peu d'observations ont été faites.

Répartition

Il s'agit tout simplement du serpent qui a la plus large répartition mondiale, depuis la pointe bretonne à l'ouest jusque tout à l'est aux côtes pacifique de la Russie et que l'on retrouve, cela peut surprendre, au-delà du cercle polaire arctique ! Dans de nombreux pays en Europe, il s'agit de la seule espèce de serpents venimeux.

C'est une des quatre espèces de vipères vivant en France métropolitaine avec la Vipère Aspic, la Vipère de Séoane et la Vipère d'Orsini. On la retrouve principalement dans les régions les plus tempérées du pays comme la Bretagne, la Normandie, les Pays de Loire ou les Hauts de France. Quelques noyaux quasi relictuels subsistent dans un large centre de la France comme dans le Puy de Dôme notamment, mais aussi le Loir et Cher, le Cantal... Elle est totalement absente des régions bordant le pourtour méditerranéen ainsi qu'en Corse.

© carte Vipère péliade

Répartition de la Vipère péliade en France

En Ile-de-France, sa population est très morcelée avec quelques individus dans les boucles de la Seine aux franges de la Normandie et des populations encore viables et plus conséquentes au sud-est de Paris, lieu d'anciennes grandes landes qui aujourd'hui disparaissent quasi complètement. Certains individus seraient encore observables dans le massif de la forêt de Fontainebleau, sans certitude.

Effectifs / statut

Il n'est pas possible de donner des effectifs mais c'est très clairement une espèce en fort déclin, victime de la destruction des milieux, des effets du réchauffement climatique et encore, malheureusement, d'une mauvaise réputation entraînant des destructions humaines volontaires. Ainsi, en Ile-de-France, la future Liste rouge des Amphibiens et Reptiles va voir l'espèce classée En Danger [EN], signe de la gravité de la situation pour l'espèce (comme l'Aspic d'ailleurs). La situation n'est guère meilleure au niveau national. Il s'agit probablement d'une espèce qui à terme va disparaître du pays, principalement du fait d'une météo que l'espèce ne supportera pas (périodes de chaleur et de sécheresse excessives et durables).

Depuis le 1er janvier 2021, comme l'ensemble des serpents de France métropolitaine, c'est une espèce intégralement protégée qui ne peut plus être détruite comme cela pouvait être encore le cas, une belle victoire !

Le saviez-vous ?

Les morsures de vipères, lorsqu'elle se défend face à un danger ne sont pas forcément synonymes d'envenimation. Les adultes ont la capacité de doser le poison injecté afin de ne pas le gaspiller, sa production étant très énergivore.

Les mâles muent généralement trois fois dans l'année et les femelles deux fois. Si les motifs et les écailles demeurent exactement les mêmes pour chaque individu, les colorations varient, elles, en fonction des saisons après la mue.

On peut d'ailleurs identifier un individu en observant ses écailles ou les motifs arborés, chacun ayant des formes et une disposition d'écailles propre.

Article de Vincent Limagne